Il
y a maintenant plus de cinquante ans que ceux que l’on a appelé les
« jeunes turcs » de la Nouvelle Vague, d’abord comme critiques,
essentiellement dans les Cahiers du Cinéma
et pour quelques uns d’entre eux (Truffaut notamment) dans l’hebdomadaire
culturel Arts, puis comme cinéastes,
décrétèrent qu’il existait deux sortes de cinéma français, l’un ancien,
académique, obsolète, péjorativement baptisé « cinéma de la qualité
française », l’autre jeune, novateur, libre, rejetant les recettes
anciennes (ainsi les vieilles ficelles de l’adaptation littéraire[1])
et qu’ils prétendaient incarner. Cette dichotomie absurde, qui a plus nui au
cinéma français qu’elle ne lui a rapporté (sauf pour Truffaut et ses amis qui
ont atteint le but qu’ils s’étaient fixés : prendre la place des anciens
et faire carrière à leur tour), cette dichotomie donc perdure encore aujourd’hui
au sein d’un cinéma français qui se veut l’héritier de la Nouvelle Vague et que
soutient contre vents et marées une certaine frange de la critique. Critique
qui prétend régner en maître des colonnes des Cahiers du Cinéma (vieille histoire d’héritage) à celles du Monde en passant par Libération, Les Inrockuptibles, France Culture ou le site Slate (avec le blog de Jean-Michel Frodon, ancien rédacteur en chef
des Cahiers) ; critique pour qui l’histoire du cinéma français commence et
s’achève avec cette Nouvelle Vague devenue semble-t-il l’alpha et l’omega de
toute création cinématographique ; critique enfin qui a ses dieux et ses
prophètes, ses génies généralement maudits (Leos Carax figure en bonne place
dans ce curieux Panthéon) et ses penseurs dont on ne saurait faire l’économie --
Serge Daney étant la référence quasi obligatoire et une pincée de
Douchet, Deleuze et/ou Barthes ne pouvant qu’enrichir le tableau.
24 août 2013
5 juillet 2013
Une bonne surprise et une belle réussite.
The
Bay, de Barry Levinson (2013).
Il y a des films que l’on n’attend
pas, que l’on pourrait même négliger par inadvertance -- et The Bay est assurément l’un d’eux. A
soixante-dix ans passés (il est né en 1942), après une carrière de scénariste,
producteur et metteur en scène riche et abondante, largement récompensée sinon
toujours convaincante, on pouvait légitimement penser Barry Levinson revenu de
tout, plus attentif à suivre la carrière de son fils Sam (Another Happy Day , 2011) qu’à tenter l’aventure d’un film novateur
(pour lui), incisif et mené hors des entiers battus. C’est pourtant ce qu’il
fait ici avec une production bien plus qu’intéressante et rien moins que
routinière -- sans doute, dans sa simplicité et sa modestie
apparentes, un de ses meilleurs films.
20 juin 2013
Tintin au Brésil.
Réédition de L’Homme de Rio, de Philippe de Broca
(1963).
Curieuse destinée que celle de
Philippe de Broca (né en 1933, la même année que Belmondo et un an après
François Truffaut, et disparu en 2004), cinéaste un peu oublié aujourd’hui
après avoir été longtemps méprisé par la critique -- et
que de récentes sorties en DVD blu-ray
(Le Magnifique, Les Tribulations d’un Chinois en Chine et … L’Homme de Rio justement)
semblent vouloir timidement réhabiliter. Formé par l’école de la rue de
Vaugirard sans être passé par la case cinéphilique des Cahiers du Cinéma et de ses annexes, il s’est d’abord frotté à
quelques vieux briscards dénués de génie mais pas de savoir-faire (Georges
Lacombe notamment, sur Cargaison blanche,
1957[1])
avant d’assister François Truffaut et surtout Claude Chabrol qui produira en
1960 ses deux premiers longs métrages, Le
Farceur et Les Jeux de l’Amour.
8 juin 2013
Une séparation et ce qui s'ensuit.
Le
Passé, de Asghar Farahdi (2013).
Après le succès critique et public
plutôt inattendu de son précédent film (Une
Séparation, 2010), le cinéaste iranien Asghar Farhadi revient avec un
nouvel opus où il poursuit dans la voie qu’il fraie pour ainsi dire depuis ses
débuts. Les relations interpersonnelles au sein d’une famille, le drame des
séparations et les lentes et parfois pénibles reconstructions qui s’ensuivent,
les difficultés pour communiquer et se comprendre dans des situations d’un
antagonisme extrême -- autant de thèmes qu’il reprend d’œuvre en
œuvre avec obstination, module et fait évoluer. Cette fois cependant, il quitte
son Iran natal pour se transporter en France
-- mais sans pour autant
éclaircir une palette aux couleurs particulièrement sombres.
3 juin 2013
Un formalisme sans issue?
Only
God Forgives, de Nicolas Winding Refn (2013).
Partisan d’un cinéma radical et
d’une violence souvent extrême, Nicolas Winding Refn a connu une sorte de
consécration en recevant, à l’occasion du festival de Cannes 2011, pour son
précédent film, Drive, non point la
Palme d’or (qui échut à Terrence Malick) mais le Prix de la mise en scène --
distinction d’autant plus justifiée que la forme importe souvent davantage
pour lui que le fond. Only God Forgives,
présenté à Cannes cette année mais passé plutôt inaperçu, s’inscrit dans une
démarche formaliste plus proche du Guerrier
silencieux (Valhalla Rising,
2009), fascinante expérience non verbale, que de Drive où un fil narratif relativement charpenté (il s’agissait de
l’adaptation d’un roman de James Sallis[1])
compensait la tendance esthétisante,
voire pictorialiste, du cinéaste.
27 mai 2013
Une grossière attraction pour parc de loisirs.
Gatsby
le magnifique (The
Great Gatsby), de Baz Luhrmann (2013).
Que je sois honnête : ce n’est
certes pas le nom de Baz Luhrmann qui m’a incité à aller voir ce Great Gatsby, présenté tout de même en
ouverture du festival de Cannes (on croit rêver !), mais bien sûr le livre
de Scott Fitzgerald, pas son meilleur peut-être (on peut lui préférer
« Tendre est la nuit »), mais assurément un des grands romans
américains de la première moitié du XXème siècle cependant, et un
des plus mythiques. Aussi pouvait-on craindre le pire d’un cinéaste qui n’a
guère brillé jusqu’ici, sinon par des débauches de choix esthétiques
particulièrement clinquants -- et le pire est bien arrivé et même, si l’on
ne craignait de pratiquer l’hyperbole, le pire du pire.
24 mai 2013
Retour vers le passé.
Sous
surveillance (The
Company You Keep), de Robert Redford (2012).
On aimerait dire sans la moindre
réserve le plus grand bien de toutes les entreprises menées par Robert Redford,
tant pour l’acteur dont la carrière demeure exceptionnelle que pour l’homme
dont les engagements forcent le respect. On ne saurait à cet égard minorer
l’importance du Sundance Institute et de ses satellites (dont le fameux
festival) qui ont largement contribué depuis plusieurs décennies au
développement du cinéma américain indépendant. On en est donc d’autant plus
gêné de ne pas s’enthousiasmer pour l’œuvre de Redford devenu cinéaste dès 1980
avec Des gens comme les autres (Ordinary People, 1980), œuvre non point
indigne ou scandaleuse mais qui n’est jamais parvenue à s’imposer vraiment -- au
point que son précédent film, La
Conspiration (The Conspirator,
2010), a été très mal accueilli et n’a pas même connu en France d’exploitation
commerciale[1].
Des titres, assez peu d’ailleurs, demeurent dans les mémoires (notamment Et au milieu coule une rivière/A River Runs
Through It, 1992, et L’Homme qui
murmurait à l’oreille des chevaux/The Horse Whisperer, 1998), mais aucune
cohérence d’ensemble qui permette d’affirmer, au-delà des contraintes du
système hollywoodien, que l’on a affaire à un cinéaste d’envergure avec une
vision du monde et le style qui l’accompagne. A cet égard, que cela plaise ou
non sur un plan politique, on est à des années-lumière de l’œuvre d’un Clint
Eastwood, comédien plus limité et moins attachant dans ses prises de positions
idéologiques mais d’une toute autre pointure une fois passé derrière la caméra.
17 mai 2013
A la croisée des grands mythes américains.
Mud,
de Jeff Nichols (2012).
Ceux qui, fort peu nombreux, ont
découvert naguère (janvier 2008) l’éblouissant coup d’essai de Jeff Nichols, Shotgun Stories (2007), dans des salles
pour ainsi dire désertes, peuvent aujourd’hui constater avec satisfaction,
après Take Shelter (2011) et plus
encore Mud, que le jeune réalisateur
(il est né en 1978) se place désormais sans l’ombre d’un doute dans le peloton
de tête de la nouvelle génération des cinéastes américains -- et
à l’une des toutes premières places.
13 mai 2013
Donner vie à une pensée abstraite.
Hannah
Arendt, de Margarethe von Trotta (2012).
D’abord actrice, Margarethe von
Trotta (née en 1942) a participé à l’éclosion du jeune cinéma allemand des
années 70, aux côtés de Rainer Maria Fassbinder notamment, mais aussi de son
époux d’alors, Volker Schlöndorff (pour L’Honneur
perdu de Katharina Blum/Die verlorene Ehre der Katharina Blum, en 1975, et Le Coup de grâce/Der Fangschuss, d’après
Marguerite Yourcenar, l’année suivante). Elle est passée à la réalisation au
milieu des années 70 -- et ses films les plus intéressants (Les Années de plomb/Die Bleierne Zeit,
1981, ou Rosa Luxemburg/Die Geduld der
Rosa Luxemburg, 1985, avec déjà Barbara Sukowa, ou encore Les Années du mur/Das Versprechen, 1995)
s’attachent à l’exploration des relations que l’Allemagne entretient avec son
passé. Bien que consacré à une philosophe certes allemande d’origine mais
naturalisée américaine dès 1951, Hannah
Arendt s’inscrit aujourd’hui dans une même démarche, où le fond importe
davantage que la forme.
2 mai 2013
Un jeu élégant mais vain.
The
Grandmaster (Yi
dai zong shi), de Wong Kar-Wai (2013).
Habitué des festivals et choyé par
la critique, Wong Kar-Wai me paraît être un des cinéastes contemporains les
plus surestimés -- jugement, comme il se doit, qui n’engage que
moi. Ajouterai-je, histoire d’aggraver mon cas déjà désespéré et quitte à passer
pour un iconoclaste irresponsable, que In
the Mood for Love (2000) est à mes yeux un des films les plus surfaits de
ces quarante ou cinquante dernières années ? C’est cependant avec un
véritable et sincère intérêt que je suis allé découvrir The Grandmaster, plutôt curieux de voir ce que pouvait donner la
rencontre du cinéaste avec ce que l’on appellera, faute d’un terme plus précis,
le film de kung fu. Et le résultat, curieusement hybride, n’est pas pleinement
satisfaisant, même s’il n’est pas toujours désagréable.
25 avril 2013
"Vingt-quatre heures de la vie d'une femme".
Le
Temps de l’aventure, de Jérôme Bonnell (2013).
On pouvait craindre (et la bande
annonce allait hélas dans ce sens) avec le dernier film de Jérôme Bonnell sinon
le pire (le cinéaste a jusqu’ici fait preuve d’une tenue de bon aloi) du moins
le récit très convenu d’une de ces « brèves rencontres » impossible
entre deux êtres que tout sépare, l’âge, l’éducation, l’origine géographique,
les activités professionnelles, et qui pourtant vont vivre une rapide mais
fulgurante passion amoureuse. Certes, Le
Temps de l’aventure, c’est aussi
cela, mais pas seulement, très loin de là, et Jérôme Bonnell s’attache tout
autant, sinon plus, à l’analyse de la psychologie de ses personnages qu’aux
seuls sentiments, pourtant très forts, qui les rapprochent. Il y a là quelque
chose d’un Stefan Zweig, auteur dont on parle beaucoup ces temps-ci,
explorateur exemplaire des angoisses de la psyché humaine confrontée à la
confusion des sentiments. Ainsi, mutatis
mutandis, se trouve-t-on davantage
du côté de « Vingt-quatre heures de la vie d’une femme », la nouvelle
de Zweig, que de Brève rencontre, le
film de Lean.
20 avril 2013
Les derniers feux de la comédie musicale.
Réédition de Funny Face (Drôle de frimousse), de Stanley Donen (1957).
Vu pour la dernière fois il y a plus
de trente ans, à une époque où je m’intéressais de très près au travail de
l’immense Fred Astaire, je gardais de Funny
Face le souvenir d’un spectacle trop soigneusement élaboré pour être
honnête, carrément plombé par de redoutables afféteries esthétisantes (le
numéro « He Loves and She Loves » notamment, avec son herbe trop
verte et ses trop blanches colombes) et d’où toute spontanéité paraissait
absente, tant (me semblait-il alors) Donen mettait d’ostentation à se chercher
des alibis culturels et intellectuels (ainsi de l’apport comme conseiller
visuel du très sophistiqué photographe Richard Avedon) pour bien faire
comprendre que lui, cinéaste intelligent et sérieux, ne se laissait pas prendre
aux naïvetés d’un genre qu’il jugeait mineur et, pour tout dire, indigne de son
talent.
15 avril 2013
Comédies "à l'anglaise"?
Quartet,
de Dustin Hoffman (2012).
Mariage
à l’anglaise (I
Give it a Year), de Dan Mazer (2013).
Difficile de donner aujourd’hui une
définition de ce que l’on pourrait appeler une comédie « à
l’anglaise », pour utiliser une expression plus proche de l’art culinaire
que du cinéma, sinon dans une perspective purement historique avec un genre qui
fit florès dans les années d’après-guerre avec quelques films à la
« construction parfaite qui s’organise à partir d’une situation de départ
absurde poussée dans ses prolongements les plus logiques »[1]
et mêlant cocasserie, sérieux imperturbable, goût pour un décorum britishissime et humour plutôt tongue in cheek que franchement
burlesque. Rappelons au passage quelques titres mémorables, disponibles pour la
plupart en DVD, et qui fonctionnent encore admirablement : Passeport pour Pimlico (Passport to Pimlico, Henry Cornelius,
1949), le bien connu Noblesse oblige
(Kind Hearts and Coronets, Robert
Hamer, 1949) ou encore les très belles réussites d’Alexander Mackendrick, un
bon cinéaste injustement oublié[2] :
Whisky à gog (Whisky Galore, 1948), L’Homme
au complet blanc (The Man in the
White Suit, 1951) et Tueurs de dames
(The Ladykillers, 1955[3]).
Mais peut-on dire pour autant, après toutes les vicissitudes vécues par le
cinéma d’outre-Manche, que la comédie « à l’anglaise » (il vaudrait
mieux parler de « comédie britannique » d’ailleurs) existe encore de
nos jours ? Oui, dans la mesure où de nombreuses productions (et Quartet en fait partie) jouent sur le
charme légèrement suranné d’une british
touch en grande partie nostalgique ; non, parce qu’elle tend depuis
longtemps à se fondre dans un mélange de comédie de mœurs et de comédie
romantique -- c’est le cas de Mariage à l’anglaise.
10 avril 2013
Des vertus de l'humilité.
Effets
secondaires (Side Effects), de Steven Soderbergh (2013).
Steven Soderbergh, qui tourne
beaucoup et à un rythme soutenu, n’est finalement jamais meilleur que lorsqu’il
se consacre à de « petits » sujets (mais qui peuvent être de
« grosses » productions : voir ainsi Ocean’s Eleven, 2001)
-- je veux dire par là des sujets
relevant de ce cinéma de genre qui a fondé le grand cinéma américain classique
plutôt , par exemple, que de la fresque historique à la façon de son
interminable et catastrophique biographie de Guevara (Che, 2008). Ainsi, assez proche du récent Haywire (Piégée, 2011), Side Effects convainc bien davantage que
le non moins récent Contagion (2011 également), nettement plus ambitieux dans ses
intentions mais d’une maladresse d’exécution qui ne pardonne pas -- et
alors même que l’un et l’autre sortent de la plume du même scénariste, Scott Z.
Burns.
5 avril 2013
Un quartet au paradis.
Perfect
Mothers, d’Anne Fontaine (2012).
Un esprit peu charitable ou
particulièrement inattentif, voire carrément somnolent, pourrait accuser Anne
Fontaine de vouloir faire sortir la catégorie milf [1]
de son habituel ghetto pornographique pour la hisser au niveau d’une production
à l’érotisme chic et choc pour magazine sur papier glacé, et ici légèrement
épicée de variations plus ou moins sulfureuses. Ce serait en fait bien mal voir
tant le sujet de Perfect Mothers, qui
adapte une nouvelle (ou un court roman) de Doris Lessing un peu méchamment
intitulé « The Grandmothers »[2],
se situe résolument sur un autre plan.
3 avril 2013
Quelque part au-delà des pins.
The
Place beyond the Pines, de Derek Cianfrance (2012).
N’ayant pas vu le précédent film de
Derek Cianfrance, Blue Valentine
(personne n’est parfait et je compte réparer sans tarder cette coupable
négligence), un cinéaste dont j’ignorais donc tout, c’est sans a priori particulier que je suis allé
voir son nouveau et troisième film[1]
au titre quelque peu déroutant -- aussi le choc n’en a-t-il été que plus fort
tant il s’agit d’un exceptionnel coup de maître.
27 mars 2013
Un interminable pensum.
Cloud
Atlas, de Tom Tykwer, Lana et Andy Wachowski
(2013).
Difficile, à l’instant d’aborder Cloud Atlas, le film, de ne pas évoquer,
ne serait-ce qu’en quelques lignes, « Cloud Atlas », le roman de
David Mitchell[1] --
œuvre que l’on pouvait à bon droit (et l’auteur lui-même le tout
premier) juger inadaptable au cinéma. Ce pavé de plus de six cents pages se
compose de six histoires échelonnées dans le temps entre le milieu du XIXème
siècle et un lointain avenir post-apocalyptique et organisées selon un schéma
que l’on pourrait qualifier de pyramidal (A-B-C-D-E-F-E-D-C-B-A), la partie
post-apocalyptique (F) formant le sommet de la pyramide en même temps que le
pivot du récit et donc étant la seule à ne pas être coupée en deux. Chaque
histoire est en apparence indépendante des autres, reliées seulement par des
correspondances qui finissent par former une trame souterraine en forme de
philosophie mystico-simplette du genre : nous, les humains, formons une
chaîne ininterrompue dans le temps et l’espace, chacun trouvant sans cesse une
réincarnation plus ou moins achevée. Tout cela écrit et composé de façon
brillante et représentant une sorte de tour de force littéraire où chaque récit
bénéficie d’un ton et d’un style différent. Un tour de force trahissant certes
une plume habile mais qui, à l’arrivée, laisse le lecteur sur sa faim :
tout ça pour ça et à quoi bon tant de talent (et de pages) pour un fond aussi
creux ?
20 mars 2013
Un cinéaste dans l'impasse.
A
la merveille (To
the Wonder), de Terrence Malick (2012).
Cinéaste rare et précieux (six films
seulement en quarante ans), Terrence Malick semble avec l’âge (il est né en
1943) vouloir accélérer son rythme de production (son précédent film, The Tree of Life, ne date que de 2011)
tout en radicalisant son cinéma, le situant désormais à la limite du poème
visuel et de la quête expérimentale. On en arrive ainsi avec son dernier opus, To the Wonder, à devoir aborder son art
en renonçant aux habituels critères tout en s’interrogeant sur la pertinence de
son évolution : acmé prodigieuse ou impasse provisoire, voire
définitive ?
17 mars 2013
Un film modeste mais réussi.
Au
bout du conte, d’Agnès Jaoui (2012).
Tant au cinéma (comme scénaristes
d’abord, notamment pour Alain Resnais) qu’au théâtre (« Cuisine et
dépendance » date de 1991), le tandem Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri
s’attache à des histoires unanimistes où les personnages vont, viennent, se
croisent, s’assemblent ou au contraire se séparent, saisissant au passage ce
que l’on pourrait appeler, faute d’un meilleur mot, l’air du temps -- ce que faisait, mais dans un registre bien
différent, le Sautet première manière, celui des Choses de la vie (1970) ou de Vincent,
François, Paul et les autres (1974). Ils témoignent d’une qualité très
régulière dans l’écriture des dialogues (héritage sans doute de leur expérience
théâtrale) mais beaucoup plus fluctuante dans les développements de leurs
scénarios : d’où, à l’arrivée, des films plus (Le Goût des autres, 2000) ou moins (Comme une image, 2004, et Parlez-moi
de la pluie, 2008) convaincants et qui, en dépit d’une petite musique assez
personnelle, ont parfois du mal à trouver leur unité et leur cohérence. Au bout du conte, leur dernier opus,
comptera, si j’ose dire, au nombre de leurs réussites.
12 mars 2013
Une jolie redécouverte.
Réédition de Propriété interdite (This Property is Condemned), de Sydney
Pollack (1966).
Ce n’est pas là le coup d’essai de
Sydney Pollack, cinéaste aujourd’hui un peu négligé (le meilleur de son œuvre
remonte aux années 70), mais son deuxième réalisé juste après The Slender Thread (Trente minutes de sursis, 1965) où l’influence de sa formation
télévisuelle se faisait encore beaucoup sentir. Comédien à l’origine, il
appartient à la génération qui suit celle des cinéastes apparus dans les années
40 et au tout début des années 50 (de Wilder à Mankiewicz en passant par
Aldrich, Brooks, Daves, Edwards, Huston, Kazan, Preminger et quelques autres
qu’on me pardonnera de ne pas nommer). Une génération en partie formée à
l’école de la télévision, à l’aube des années 60, et dont la production s’est
épanouie sur une quinzaine d’années, entre 1965 et 1980, avant que l’arrivée
d’une génération plus jeune et aux dents plus longues (les Spielberg, Lucas,
Coppola, Scorsese, De Palma) ne les mette sur la touche de façon plus ou moins
définitive -- mais peut-être eux-mêmes n’avaient-ils plus
grand-chose à dire. Quelques noms et quelques titres (sans prétendre à
l’exhaustivité) : John Frankenheimer, Robert Mulligan, Arthur Penn, George
Roy Hill, Alan J. Pakula, Franklin J. Schaffner, Robert Altman pour les
noms ; et pour les titres : Sept
jours en mai (Seven Days in May,
1964) et Le Pays de la violence (I Walk the Line, 1970) de Frankenheimer,
Une Eté 42 (Summer of ’42, 1971), L’Autre
(The Other, 1972) et The Nickel Ride (1974) de Mulligan, Bonnie and Clyde (1967) et Little Big Man (1970) de Penn, Butch Cassidy et le Kid (Butch Cassidy and the Sundance Kid,
1969) et L’Arnaque (The Sting, 1974) de Hill, Klute (1971) et Les Hommes du Président (All
the President’s Men, 1976) de Pakula, La
Planète des singes (Planet of the
Apes, 1968) et Patton (1970) de
Schaffner, M*A*S*H (1970) et Nashville (1975) de Altman --
noms et titres qui n’ont ici qu’une valeur purement indicative, en tant
que repères, une étude détaillée des cinéastes de cette génération (qui ne
semble plus intéresser grand monde, à l’exception peut-être de Altman, et
encore) restant à écrire.
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