20 septembre 2012

Une leçon de vie au-delà de la mort.


Quelques heures au printemps, de Stéphane Brizé (2012).

            Il y a des films (ou des spectacles en général) d’où l’on sort avec le cœur lourd et dans un état de profond accablement, mais d’un accablement nécessaire parce qu’il est des fragments de vie (et de mort) dont il faut savoir être le témoin, presque en situation de voyeurisme, pour mieux les affronter soi-même le moment venu  --  et Stéphane Brizé nous en donne à voir quelques-uns, et non des moindres, dans son dernier film, Quelques heures de printemps.

16 septembre 2012

Sans loi ni grandeur.


Des Hommes sans loi (Lawless), de John Hillcoat (2012).

            Si de nombreux films ont été consacrés aux bootleggers, ceux qui faisaient le commerce de l’alcool illégal à l’époque de la prohibition, il y en a eu beaucoup moins en revanche pour s’intéresser aux bouilleurs de cru qui le fabriquaient  --  ceux que l’on appelait les moonshiners parce qu’ils profitaient de la nuit et du clair de lune pour exercer leurs coupables activités. Il n’y en a pas eu beaucoup non plus pour s’attacher à ces « pauvres blancs » des Appalaches, côté deep south, portant salopettes et feutres déformés, connus sous le nom de hillbillies  --  petites gens des collines, ombrageux et souvent ignorants, vivant en famille autour d’un alambic clandestin. Aussi, adaptant un roman de Matt Bondurant[1], John Hillcoat (cinéaste australien « récupéré » par Hollywood) et son scénariste et musicien Nick Cave abordent-ils ici des terres relativement vierges ou, à tout le moins, fort peu fréquentées  --  même sur le plan littéraire[2].

13 septembre 2012

Des qualités mais peut mieux faire.


Camille redouble, de Noémie Lvovsky (2012).

            Qui n’a jamais rêvé de revivre une partie de sa vie pour en corriger les défauts (ou ce que l’on croit tel) à l’aune de l’expérience acquise par la suite ? Tout en sachant qu’il suffit peut-être de modifier un élément de sa vie, aussi modeste soit-il, pour qu’elle s’en trouve toute entière changée. Je ne sais quel crédit il faut accorder au fameux « effet papillon » et la Camille de Noémie Lvovsky n’en a d’ailleurs cure puisque, à l’évidence, son retour vers le passé ne changera rien à un futur qui se conjugue en fait au présent. Peut-être cependant la cinéaste aurait-elle dû rendre au passage à Coppola ce qui lui revient de droit tant il est difficile de ne pas penser à tout ce que cette Camille de 2012 doit à sa Peggy Sue de 1986 (Peggy Sue s’est mariée/Peggy Sue Got Married).

12 septembre 2012

Billy Wilder confirme son génie.


Stalag 17, de Billy Wilder (1953).

            C’est une excellente idée qu’a eue la Cinémathèque de proposer, en marge de la rétrospective Preminger, une projection du Stalag 17 de Billy Wilder  --  proposition d’autant plus pertinente que le cher Otto y interprète d’une façon particulièrement remarquable un rôle d’officier nazi d’une suffisance sadique dont il semble se régaler. Quant au film lui-même, s’il n’est pas inaccessible, très loin de là (on le trouve aisément en DVD), il n’est pas de toutes les œuvres de Wilder la plus connue ni celle que l’on considère avec le plus d’attention. Un observateur mal informé et abusé par un titre certes justifié mais qui ne rend qu’imparfaitement compte de son sujet pourrait en effet s’attendre à un de ces récits d’aventures dont un John Sturges fera plus tard ses choux gras (The Great Escape/La Grande évasion, 1963)  --  William Holden frayant en quelque sorte la voie à Steve McQueen. Il serait en fait bien loin du compte.

10 septembre 2012

Pignon fixe et pas de freins.


Premium Rush, de David Koepp (2012).

            On doit à David Koepp l’écriture des scénarios de quelques mémorables blockbusters relevant peu ou prou de l’étrange, du fantastique voire de la science-fiction, pour Steven Spielberg (Jurassic Park, 1993, et La Guerre des mondes/War of the Worlds, 2005, entre autres), Brian De Palma (de L’Impasse/Carlitto’s Way à Snake Eyes, 1998) ou David Fincher (Panic Room, 2002) et la réalisation d’une poignée de films de formats nettement plus modestes et pas désagréables à l’arrivée, illustrant tous ses genres favoris (Réactions en chaîne/The Trigger Effect, son coup d’essai en 1996, Hypnose/A Stir of Echoes, 1999, ou encore Fenêtre secrète/Secret Window, 2004) jusque dans leurs variations les plus comiques (Ghost Town/La Ville fantôme, 2008). Avec Premium Rush, son dernier opus, qui met en scène dans les rues de New-York les (més)aventures d’un coursier à bicyclette particulièrement véloce,  il abandonne son domaine de prédilection pour une manière de thriller urbain filmé quasiment en temps réel et sur un rythme trépidant  --  mais d’où l’étrange et le fantastique ne sont pas totalement absents tant ces personnages de coursiers, véritables kamikazes à deux roues, semblent évoluer dans un monde parallèle qui défie les lois de la gravitation.

8 septembre 2012

Une noirceur "couleur de néant".


Killer Joe, de William Friedkin (2011).

            William Friedkin est un cinéaste un peu à part dans le cinéma américain contemporain. Né en 1935, il n’appartient pas à la génération légèrement plus âgée  des réalisateurs venus de la télévision (même s’il y a fait ses premières armes), mais  pas non plus tout à fait à celle qui l’a suivie et qu’on appelle un peu fallacieusement le « Nouvel Hollywood ». Cinéaste inclassable et à la carrière atypique, il a connu une notoriété aussi brutale qu’éphémère avec French Connection  (The French Connection, 1971) et L’Exorciste (The Exorcist, 1973)[1], deux films aussi juteux financièrement que douteux cinématographiquement  --  L’Exorciste tout particulièrement. L’indiscutable savoir-faire du cinéaste s’y diluait dans un brio racoleur avec la volonté cyniquement affichée d’assommer le spectateur en lui en mettant plein la gueule. Mais le soufflé est vite retombé et Friedkin n’a ensuite guère cessé de décevoir  --  à l’exception de The Brinks Job (Têtes vides cherchent coffres pleins, 1978), pochade plaisante dans sa modestie même, et sans doute faudrait-il revoir Cruising (La Chasse, 1980) dont le sujet (un policier infiltre la communauté homosexuelle S.M. pour démasquer un criminel) lui valut un (relatif) succès de scandale. Mais, c’est bien connu, il ne faut jamais frapper un homme à terre, il peut toujours se relever, et il semble bien qu’aujourd’hui, à plus de soixante-dix ans, peut-être grâce à son compagnonnage avec le dramaturge Tracy Letts, il soit parvenu à se remettre en selle et à relancer sa carrière avec deux indiscutables réussites, Bug en 2006 et Killer Joe aujourd’hui.

7 septembre 2012

Du cinéma de papa?


Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer (2012).

            Qui a connu Pascal Bonitzer il y a une quarantaine d’années, à l’époque où il était « critique et théoricien de haut vol aux Cahiers du Cinéma »[1], revue qui mêlait alors, dans un indigeste salmigondis, sémiologie, psychanalyse, structuralisme, marxisme, maoïsme et quelques autres ismes que j’ai oubliés, époque aussi où il invitait un parterre d’étudiants vite découragés (j’en étais) à décortiquer plan par plan le Mabuse de Fritz Lang (qui n’en demandait pas tant) selon les différents préceptes théoriques évoqués plus haut ; qui a donc connu Pascal Bonitzer dans ces années-là peut légitimement s’étonner de le voir signer aujourd’hui un film tel que celui-ci. Le Bonitzer d’alors ne manquerait sans doute pas de considérer de haut le Bonitzer d’aujourd’hui et d’exécuter sommairement et avec mépris Cherchez Hortense, lui reprochant notamment d’appartenir à la frange la plus outrageusement bourgeoise et rétrograde d’un cinéma dit « de la qualité française » que les Cahiers stigmatisèrent cruellement en d’autres temps  --  Nouvelle Vague contre cinéma de papa, voire de grand-papa ; avant-garde éclairée contre arrière-garde obscurantiste. Il aurait cependant grand tort.

5 septembre 2012

L'aura magique de "Laura".


Actualité d’Otto Preminger (2) : reprise de Laura (1944) et Whirlpool (Le Mystérieux Docteur Korvo, 1949).


            Avec un sens de l’opportunité dont on ne peut que les féliciter, les animateurs des studios Action (Christine et ex-Ecole, Desperado si l’on préfère) profitent de la rétrospective que la Cinémathèque consacre ces jours-ci à Otto Preminger pour reprendre trois films importants du cinéaste et appartenant à la période Fox de sa carrière, Laura, Whirpool et, cette semaine, Where the Sidewalk Ends (Mark Dixon, Détective, 1950), j’y reviendrai.

2 septembre 2012

Bluffant mais court en bouche.


Total Recall. Mémoires programmées (Total Recall), de Len Wiseman (2012).

            Connaissant assez mal l’œuvre de Philip K. Dick, que l’on dit importante au-delà des limites de la seule science-fiction, j’ignore à quel degré exact le cinéma l’a trahie  --  mais il y a en général trahison, les familiers de Dick le disent, alors pourquoi ne pas les croire ? D’autant que la nouvelle « Souvenirs à vendre », que j’ai lue à l’époque du film de Verhoeven, n’entretient effectivement que peu de rapports, hormis le début, avec les deux adaptations qu’elle a inspirées sous le titre de Total Recall, qu’il s’agisse de la version originelle, réalisée en 1990 par Paul Verhoeven avec Arnold Schwarzenegger, ou du remake que vient tout juste de commettre Len Wiseman.

31 août 2012

Une époque qui tourne mal.


Superstar, de Xavier Giannoli (2012).

            Imaginez qu’un Grégoire Samsa d’aujourd’hui se réveille un matin métamorphosé non pas en un repoussant cancrelat mais au contraire en une sorte d’idole adulée du public et poursuivie par micros et caméras, et vous obtiendrez les prémices de la fable kafkaïenne que développe Xavier Giannoli dans son dernier film, Superstar.

            C’est donc l’histoire d’un Martin quelconque, ici Kazinski mais le nom ne fait rien à l’affaire, homme modeste et perdu dans la masse des anonymes que nous sommes, qui vit dans son coin sans rien demander à personne sinon de demeurer ignoré du monde, et qui devient célèbre du jour au lendemain. Avec son physique passe-partout, Kad Merad incarne à merveille ce personnage transparent qu’on pourrait qualifier, en paraphrasant Alexandre Vialatte, de « pull-over habité ». Comment et pourquoi en est-il arrivé là, on ne le saura pas, mais des pistes sont lancées (car, comme à tout, il y a bien une origine), qui toutes partent d’internet, cette toile d’araignée virtuelle au centre de laquelle se débat sous nos yeux incrédules et bientôt horrifiés un quidam emporté par les débordements d’une époque qui tourne décidément très mal.

30 août 2012

Comme il est loin le temps des zozos!


Associés contre le crime, de Pascal Thomas (2012).

            Jeunes cinéphiles de moins de cinquante ans qui ignorez tout des années 60 et 70, vous n’avez rien connu. Il y avait alors pléthore de revues de cinéma, des ciné-clubs à tous les coins de rues ou presque et des milliers de passionnés, à Paris et en province  --  tel un certain Roland Duval qui ralliait de temps à autre la capitale pour acheter son pain de campagne chez Poilâne (les boulangers de province ne fabriquaient plus alors que de la baguette parisienne) et en profiter pour voir quelques films, sa miche sur les genoux. Professeur au lycée de Montargis, animateur de ciné-club, fondateur, directeur, rédacteur en chef et pratiquement unique de la confidentielle et provinciale revue de cinéma V.O., comme il le disait à peu près lui-même à l’époque, Roland Duval adressa chaque mois pendant un peu plus de deux ans (de 1974 à 1976) à la revue Ecran, chère à mon cœur, une « lettre du chef-lieu » pleine d’humour et très politiquement incorrecte, bien qu’en ces temps lointains cette notion fût encore ignorée. Sans doute bien peu de gens se souviennent-ils aujourd’hui de Roland Duval, quelques vieux cinéphiles et critiques de soixante ans et plus, et aussi assurément Pascal Thomas dont on peut voir ces jours-ci le dernier film, Associés contre le crime.

27 août 2012

Un monde d'illusions où triomphe l'argent.


Magic Mike, de Steven Soderbergh (2012).

            Il y a décidément un « cas » Soderbergh. Cinéaste éminemment moderne (sans guillemets) et même expérimental parfois (voir ainsi Schizopolis, 1996, ou Bubble, 2006) au risque de dérapages pas toujours bien contrôlés, il semble vouloir empiler les films comme le faisaient autrefois les plus grands cinéastes américains sous contrat avec les studios, variant thèmes et genres mais parvenant contre vents et marées à faire œuvre personnelle et cohérente, quand bien même cette cohérence disparaissait parfois sous le masque de l’hétérogénéité d’une production aussi abondante qu’irrégulière. Aussi est-il difficile de trouver aujourd’hui un fil conducteur (mais en existent sans doute plusieurs) dans la filmographie foisonnante d’un cinéaste qui paraît, bien plus qu’à ses débuts, possédé par une boulimie de travail qui l’amène à sortir trois films en à peine plus d’un an : le très médiocre Contagion, le récent et bien plus réussi Piégée (Haywire) et aujourd’hui Magic Mike, que je situerais volontiers à mi-chemin des deux autres mais plutôt côté réussite qu’échec. Assurément, à l’instar d’un Woody Allen mais en beaucoup plus intéressant, il lui faut comprendre que quantité ne rime pas forcément avec qualité et qu’on ne progresse pas forcément en pratiquant son art à outrance  --  quitte à le vider de sa substance.

24 août 2012

Sortir du purgatoire?


Actualité d’Otto Preminger (1).

            Rares sont les créateurs, qu’il s’agisse de peintres, d’écrivains, de musiciens ou de cinéastes (liste non limitative), qui n’aient connu après leur mort une période de purgatoire plus ou moins longue, quelquefois même définitive. Certains ont même rencontré cette disgrâce de leur vivant, quand leur œuvre s’est par exemple infléchie, donnant une image volontiers brouillée de leur auteur, décevant parfois, à tort ou à raison, ses plus fidèles admirateurs, se coupant enfin de son public jusqu’à multiplier les échecs commerciaux : livres qui ne se vendent plus, salles d’expositions, de concerts ou de spectacles désertées ou peuplées désormais par un dernier carré de thuriféraires eux-mêmes plus très sûrs de leur admiration. Ainsi Otto Preminger, cinéaste américain issu de la prestigieuse émigration viennoise (il est né à Vienne en 1906 et mort à New-York en 1986), bénéficia-t-il d’une gloire incontestée et incontestable dans les années 40 et 50 avant de se voir repoussé peu à peu vers les ténèbres extérieures à partir du milieu des années 60. Sans doute Preminger lui-même a-t-il été en grande partie responsable de cette dérive : lui qui prétendait assurer un contrôle jaloux voire dictatorial sur ses films, dont il a souvent assuré la production, il n’a guère pu  rejeter sur un autre ses plus retentissants échecs. Mais pour autant, certains de ses films qui furent vilipendés par une critique qui l’avait en d’autre temps porté au pinacle ne méritent assurément pas certains excès d’indignité. Comme nombre d’autres cinéastes de sa génération,  il s’est trouvé marginalisé par l’arrivée de jeunes réalisateurs plus en phase avec l’évolution des goûts du public, ces « petits prodiges barbus », comme le fait dire Billy Wilder (né lui aussi à Vienne et lui aussi en 1906) à un personnage de Fedora (1978), son chef-d’œuvre ô combien testamentaire, qui « n’ont pas besoin de script, eux, juste d’une caméra légère et d’un zoom ».

19 août 2012

Un grand n'importe quoi.


Abraham Lincoln : chasseur de vampires (Abraham Lincoln : Vampire Hunter), de Timur Bekmanbetov (2012).

            Il n’y a pas de mauvais sujet, j’ai eu récemment l’occasion de le dire, et rien n’interdit de choisir un personnage historique et de broder sur un canevas biographique des variations imaginaires  --  voire franchement fantaisistes. L’uchronie ne permet-elle pas, à partir de légers détournements historiques (Napoléon a gagné la bataille de Waterloo ou les Soviétiques ont été défaits à Stalingrad, par exemple), de refaire le monde, ou plutôt de revoir l’Histoire, souvent avec bonheur et de façon originale ? Alors, transformer le Président Lincoln en un chasseur de vampires, ceux-ci ayant colonisé tout le Sud des Etats-Unis et cherchant à dominer tout le pays, pourquoi pas ? Mais encore faut-il le faire avec un minimum de talent et de savoir-faire, ne serait-ce que sur le plan technique, ce qui, phénomène pour le moins étrange s’agissant d’un film américain au budget confortable sinon opulent, est loin d’être le cas ici.

12 août 2012

Une adaptation fidèle mais étriquée.


Jane Eyre, de Cary Fukunaga (2011).

Il n’y a pas de mauvais sujets et encore moins de sujets démodés, en dépit de l’origine très littéraire et du caractère résolument daté de certains d’entre eux, qui mêlent des intrigues impeccablement construites à un charme légèrement suranné mais chargé d’une sorte d’agréable ivresse romanesque. Ainsi, pour s’en tenir au seul registre britannique, les sœurs Brontë, Jane Austen, Dickens ou, plus tardivement, Thomas Hardy ont-ils été des sources d’inspiration largement mises à contribution aussi bien par le cinéma que, plus récemment, par la télévision. Certes moins célèbre que Les Hauts de Hurlevent de sa sœur Emily, Jane Eyre, roman écrit en 1847 par Charlotte Brontë, a-t-il connu diverses fortunes cinématographiques, depuis la version réalisée en 1943 par Robert Stevenson (qui n’était d’ailleurs pas la première) jusqu’à celle que nous propose aujourd’hui le jeune cinéaste américain Cary Fukunaga, auteur d’un précédent et premier film en 2009, Sin Nombre.

8 août 2012

Chronique sauvage d'une société au bord de l'abime.


ACAB (All Cops Are Bastards), de Stefano Sollima (2012).

            Etrange titre pour un film italien que ce mystérieux acronyme qui se décline en langue anglaise, façon pour les skinheads britanniques d’exprimer leur haine de la police  --  « Tous les flics sont des salauds ». Etrange titre mais film réussi au bout du compte, dû à un cinéaste venu de la télévision et de la série Romanzo Criminale, un certain Stefano Sollima (le film à l’origine de la série a été, lui, réalisé par Michele Placido en 2005), un nom familier aux oreilles des cinéphiles de ma génération puisqu’il est celui du fils de Sergio Sollima, ancien critique de cinéma et auteur à la fin des années 60 d’une excellente trilogie de westerns italiens (Colorado/La Reisa dei conti, 1966, Le Dernier face à face/Faccia a faccia, 1967, et Saludos Hombre/Corri, uomo, corri, 1968).

4 août 2012

Racolage et complaisance.


Kill List, de Ben Wheatley (2012).

Un rapide détour parisien m’a permis de voir quelques films sortis ces dernières semaines et qui n’étaient pas parvenus jusqu’à ma provinciale retraite d’été. Il y a d’ailleurs là, soit dit en passant, une situation de l’exploitation cinématographique proprement scandaleuse  --  j’y reviendrai peut-être un jour prochain. Kill List est le premier du lot, sorti il y a presque un mois et accueilli plutôt favorablement par une critique généralement indifférente à ce genre de production, à mi-chemin du polar et du film fantastique mais en même temps (fidèle en cela à une certaine tendance du cinéma britannique) sensible aux réalités sociales et à leurs manifestations quotidiennes. Bref, les ingrédients me paraissaient réunis (sur le papier du moins) pour une découverte  intéressante, un peu dans le sillage de Get Carter (La Loi du Milieu, Mike Hodge, 1971), d’Harry Brown (Daniel Barber, 2010) ou du récent Tyrannausor (Paddy Considine, 2011) ; la déception n’en a été que plus vive.

28 juillet 2012

Sur fond d'apocalypse.


The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan (2012).

            Même ceux qui n’ont pas toujours été entièrement convaincus par toutes les réalisations de Christopher Nolan doivent admettre qu’il est à coup sûr aujourd’hui (et bien que citoyen britannique) un des six ou sept cinéastes « américains » d’importance apparus ces quinze dernières années  --  et pour ainsi dire le seul capable de conjuguer nécessités commerciales et préoccupations d’auteur (distinguo que je n’apprécie guère au demeurant) dans des productions aux budgets pharaoniques mais où jamais pour autant il ne renonce à faire œuvre originale. Ainsi, souvent responsable de ses scénarios (avec parfois, comme ici, son frère Jonathan), a-t-il pu développer une vision du monde personnelle à la fois noire et volontiers tortueuse, tout en étant capable dans le même temps de s’adapter à des univers venus d’ailleurs mais proches de ses préoccupations  --  du scénario de Nicolaj Frobenius pour Insomnia (2002) aux bandes dessinées de Frank Miller (plutôt que de Bob Kane, pourtant à l’origine du personnage de Batman) en passant par un roman bien particulier de Christopher Priest (The Prestige/Le Prestige, 2006). On peut y déceler un goût marqué pour un (ou des) monde(s) en rupture, où le temps paraît comme s’envoler dans une autre dimension et l’espace se dérober sous les pieds de personnages condamnés à vivre des situations en constant déséquilibre. The Dark Knight Rises n’échappe pas à la règle,  à la fois blockbuster destiné à gagner beaucoup d’argent (et qui en gagnera sûrement beaucoup) et réflexion approfondie sur notre monde contemporain  --  et la fusillade d’Aurora, qui a dramatiquement marqué les débuts de l’exploitation du film aux Etats-Unis, lui donne un prolongement sanglant en même temps qu’elle éclaire et conforte la vision du cinéaste.

17 juillet 2012

"La mort aux trousses".


Piégée (Haywire), de Steven Soderbergh (2011).

            Un peu à l’instar de ses confrères britanniques Stephen Frears et Michael Winterbottom, mais à la puissance quatre ou cinq, l’Américain Steven Soderbergh apparaît depuis des années maintenant comme une sorte de touche-à-tout plutôt doué et, à coup sûr, hyperactif (son film suivant, Magic Mike !, sort dès le mois prochain), capable de passer pour ainsi dire sans transition d’une série noire traditionnelle à un film à la limite de l’expérimentation tout en gagnant la confiance d’acteurs parmi les plus réputés, ce qui lui permet d’aligner des castings impressionnants  --  et c’est encore une fois le cas avec ce film d’aventures certes sans surprise mais que sauve grandement un brio tout à fait exceptionnel.

14 juillet 2012

Un super-héros en très petite forme.


The Amazing Spider-Man, de Marc Webb (2012).

            Le filon des aventures de super-héros s’étant révélé jusqu’ici particulièrement juteux (mais pour combien de temps encore ?), les producteurs ne savent plus où donner de la tête, allant jusqu’à en enrôler une (presque) demi-douzaine pour sauver le monde (voir le récent et décevant Avengers ) ou à décider de revenir aux origines, comme ici. Ainsi, à peine dix ans après le premier épisode de la saga (Spider-Man, Sam Raimi, 2002), nous en propose-t-on aujourd’hui une sorte de vrai faux remake passablement réchauffé.