Réédition de Colonel Blimp (The Life and Death of Colonel Blimp), de Michael Powell et Emeric Pressburger (1943).
Aujourd’hui bien connu des amateurs de cinéma et apprécié à sa juste et très grande valeur, grâce notamment aux efforts de deux cinéastes parmi les plus cinéphiles qui soient (Bertrand Tavernier et Martin Scorsese), Michael Powell demeure malgré tout assez largement ignoré du grand public, loin à l’écart de cette constellation de cinéastes américains ou européens qui furent ses contemporains et dont l’inconscient collectif conserve la mémoire. Pour beaucoup, et souvent au-delà des frontières de la cinéphilie pure et dure, les noms de Ford (né en 1895) ou de Renoir (né en 1894), de Hitchcock (né en 1899) ou de Visconti (né en 1906), sans parler des légèrement plus jeunes Welles (né en 1915) ou Bergman (né en 1918), suscitent aujourd’hui encore un certain écho quand celui de Michael Powell (né, lui, en 1905) paraît s’égarer dans les brumes de cette terre inconnue que demeure encore le cinéma britannique -- en dépit des efforts de critiques et historiens pionniers[1]. Il y a de bonnes raisons à cela, si j’ose dire, et surtout que Powell a très peu tourné après 1960, date de son dernier très grand film, Peeping Tom (Le Voyeur), qui fut non seulement un retentissant échec mais dont le sujet (le portrait d’un tueur sadique qui filme le meurtre et l’agonie des femmes qu’il assassine) souleva une manière de scandale. Jusqu’à sa mort, en 1990, il se consacra au théâtre (un peu) et à la télévision (beaucoup), s’exila un temps en Australie où il réalisera ses deux derniers longs métrages They’re a Weird Mob (1966), et Age of Consent (1968) avant d’être progressivement redécouvert dans le courant des années 70, notamment par la jeune génération des cinéastes américains -- Scorsese bien sûr, qui lui demeurera fidèle au-delà de la mort, ou Coppola qui l’accueillera dans les années 80 comme «Senior Director in Residence» dans ses studios Zoetrope.