Miss Bala, de Gerardo Naranjo (2011).
Vouloir prendre pour sujet la guerre meurtrière que se
livrent cartels de la drogue et autorités mexicaines à Tijuana, ville en état
de guerre permanente, c’est une excellente idée, de salubrité publique
pourrait-on même dire. Faire du destin individuel d’une aspirante reine de
beauté entraînée malgré elle dans la spirale du mal et de la violence une
métaphore du Mexique otage d’un combat douteux entre policiers et malfrats,
pourquoi pas. Choisir de filmer le tout en longs plans-séquences au plus près
des personnages d’un point de vue purement «behaviouriste» et donc sans jamais
fournir la moindre explication, c’est un pari risqué mais après tout
respectable. Reste que pour faire tenir ensemble des ambitions aussi
contradictoires, pour que la mayonnaise finisse par prendre en réunissant tant
d’éléments disparates, pour que le public enfin y trouve son compte tant en
termes de pur spectacle que de réflexion politique, il fallait tout à la fois
force et rigueur, savoir-faire et humilité, des qualités que l’on ne trouve
guère ici, sinon à l’état d’éclairs fugitifs (le temps d’une fusillade sauvage
en pleine rue par exemple), disparus aussitôt qu’entrevus. Bref, pour dire les
choses en raccourci, Gerardo Naranjo n’est pas Francesco Rosi, pas même le
parfois clinquant Steven Soderbergh (celui de Traffic, 2000, qui traite du même sujet mais en infiniment mieux).