Faust,
d’Alexandre Sokourov (2011).
On n’aborde pas un film d’Alexandre
Sokourov comme n’importe quelle autre production --
fût-elle aussi ambitieuse et pleinement réussie. On entre là dans un
domaine bien particulier, où les sens aussi bien que l’esprit sont violemment
sollicités pour une sorte de voyage expérimental qui exige de ceux qui
l’entreprennent une disponibilité totale. Lui qui fut l’élève d’Andréi
Tarkovski à l’école de cinéma de Moscou, il sait bien que rien ne doit être
donné mais que tout peut être mérité -- d’où ce cinéma de la plus extrême exigence
dont il paraît accoucher dans les plus grandes douleurs. Un cinéma assurément difficile,
dont on conçoit qu’il rebute et suscite
même l’hostilité voire le rejet, et l’on peut comprendre sans peine que des
spectateurs abandonnent ses films avant d’être arrivés à leur terme. Cette
fois, bouclant la boucle de la tétralogie qu’il a consacrée au pouvoir et à ses
dérives totalitaires, c’est au mythe de Faust qu’il s’attaque comme on
s’attaque à une immense montagne.